Chaque rentrée charrie son lot de questions. En septembre dernier, nous ouvrions Éduquer à celles et ceux qui font l’école au quotidien : comment abordez-vous 2025-2026 ? Les réponses convergeaient : l’école est un service public fondamental, dont la mission démocratique exige des moyens à la hauteur. Mais un constat revenait aussi : une concertation politique de plus en plus reléguée au fond de la classe.
Nous l’avons documenté, numéro après numéro : des conseils qu’on consulte sans vraiment les écouter, des circulaires signées avant le vote des décrets, des réformes annoncées dans la presse avant d’être discutées avec les premiers concernés. Le mouvement Mars Attacks semble cristalliser cette rupture. Face au décret-programme, des enseignants débordent leurs syndicats et choisissent la désobéissance civile. Si le texte devait passer, ce ne sont pas les restes de Polynice que ces Antigones s’apprêteraient à enterrer, mais certains piliers de l’enseignement : augmentation de la charge horaire, limitation des détachements pédagogiques, fragilisation des balises du tronc commun.
Dans le prolongement de cette inflexion du Pacte pour un Enseignement d’excellence, l’année prochaine verra le seuil de réussite du CEB relevé à 60 %. À l’heure où les prochains résultats PISA approchent, Cécile Gorré et Nico Hirtt replacent ce tournant dans un contexte plus large. Les auteurs alertent : un enseignement réduit à des compétences mobilisables risque de dissoudre sa dimension émancipatrice dans l’employabilité.
Notre dossier de fin d’année est consacré à l’enseignement spécialisé, un système parallèle qui concerne pourtant un enfant sur vingt du primaire. En essayant d’y démêler l’inclusion de l’intégration, une question s’est imposée : non plus comment faire entrer ces enfants dans des cases, mais comment inventer des cadres capables d’accueillir leurs singularités. Arno Maneuvrier, formateur en intelligence artificielle, interroge le recours à l’IA dans ces classes.
Ce numéro donne aussi la parole à deux apprenantes en français langue étrangère, qui racontent leur rencontre avec l’échevine de l’éducation Faouzia Hariche. Enfin, Coupe du monde oblige, nous questionnons ce que le sport de haut niveau transmet à ses publics.
Après les vacances, le tronc commun entrera dans le secondaire : une pièce de plus dans un puzzle dont personne ne voit encore l’image. Les directions l’assemblent à tâtons, avec des grilles trouées et des instructions éparpillées. « On travaille sur des annonces dans la presse », confiait l’une d’elles. Si chaque rentrée est singulière, celle-ci s’annonce décisive.
Bon congé et bonne lecture!
